On a longtemps pensé que le sérieux se tournait à l’horizontal. Qu’un film sans barre scope et travelling latéral ne pouvait pas prétendre raconter quelque chose d’important. Le vertical, c’était le royaume du fugace : un coucou filmé à la volée, une tasse de café, un chat vaguement surprenant. Bref : un format pour ne rien raconter.
Puis, discrètement, quelque chose a basculé. Le 9/16 est devenu l’endroit où tout se joue.
Là où se créent les opinions, les tendances, les crises, les succès. Un format qui a avalé le monde et personne n’a vraiment vu le moment exact où ça s’est produit. Ce renversement n’a pas été orchestré par les créatifs en jean slim ou les plateformes qui promettent d’“engager”. Il est né d’un geste banal : celui de tenir un téléphone debout. Ce geste, devenu un réflexe mondial, a façonné un nouvel espace de prises de parole, avec sa propre grammaire. Le 9/16 n’a rien imposé : il a épousé l’usage. Et quand un format épouse les usages, il gagne.
Le vertical a d’abord séduit par sa proximité. En 9/16, un visage devient un proche. Une main qui se pose sur une table devient un début d’histoire.
Un déplacement d’un mètre devient une immersion. On n’est plus spectateur : on est témoin, parfois même confident. Cette proximité n’est pas seulement visuelle. Elle est sociale. Le 9/16 est devenu la scène principale où les générations, les plus jeunes exposent leurs colères, leurs doutes, leurs parodies, leurs aveux. Une chambre d’ado éclairée par un néon rose peut devenir un plateau de débat. Un trottoir, peu importe lequel, devient un espace trivial pour un microreportage. Une cuisine, un laboratoire. Le 9/16 transforme des lieux ordinaires en espaces publics éphémères. On ne se montre plus, on se raconte. Avec cette fragilité brutale que produit l’ultraproximité.
Ce format-là crée une intimité dont les studios hollywoodiens rêveraient. La conséquence, c’est que tout change : le rapport à la vérité, à la spontanéité, à la narration.
CRIDON OUEST
Décryptages 1 Jour, 1 Question
Bati-Paris, Groupe Bâtisseurs d’Avenir
Collection de capsules immersion urbaine
Le 9/16 est un détecteur de faux-semblants.
On y triche moins bien.Un sourire forcé ? Ça se voit. Un discours creux ? Ça sonne mal. Un mouvement trop chorégraphié? Ça casse. Le vertical préfère les vraies personnes aux personnages.
Derrière cet effet de proximité se cache un autre pouvoir, plus discret : le vertical ne demande aucun effort cognitif. Il s’insère dans un geste quotidien, lever son téléphone, sans aucun réglage. Le vertical se regarde debout, en marchant, dans une file d’attente, dans un lit, parfois en douce sous la table. C’est le format de l’entre-deux, des micro-moments, des temps morts que le numérique a transformés en terrains d’influence.
Les chercheurs en médias décrivent cela comme une forme d’attention latérale : on ne se met plus “devant” l’écran, c’est l’écran qui se glisse dans nos interstices de vie. Résultat : les contenus verticaux ne sont pas consultés, ils sont absorbés.
Pour les marques, les institutions, les médias, c’est un bouleversement silencieux mais total. C’est un changement de culture, pas un simple cadrage différent, un nouveau rapport au monde. Le 9/16 impose de nouvelles règles : une idée claire, une incarnation naturelle, une authenticité palpable. On ne peut pas “tricher verticalement”. On peut seulement être juste.
La réussite du 9/16 tient aussi à sa capacité à démocratiser la production. Et dans cette redistribution, on a vu émerger une multitude de voix qu’aucun format classique n’aurait accueillies : infirmières en fin de garde, artisans au petit matin, étudiants en colère, chercheurs passionnés, témoins oubliés, citoyens curieux. Une nouvelle chronique du monde se joue en 9/16 ce n’est pas qu’un symptôme de notre époque. Le réel tient désormais dans une main et on ne le quitte plus des yeux.
Vidéo - Le 9/16, une véritable culture !
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